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4/13 : Les Etats de consciences modifiés

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La réflexion de ce numéro que nous vous proposons en cette rentrée a commencé à émerger à partir d’un colloque consacré à l’hypnose[i] . Il s’agissait de chercher à comprendre comment cette pratique a traversé le XXe siècle et en quoi aujourd’hui elle peut être un outil thérapeutique.

[i] « L’Usage de l’hypnose dans la pratique psychiatrique actuelle » qui a eu lieu en novembre 2013, organisé par l’Association française de psychiatrie et le Groupement pour l’étude et les applications médicales de l’hypnose.

 

N° 4/13 : Les Etats de consciences modifiés

ÉDITORIAL

 Aliénor d’ARTHUYS*

La réflexion de ce numéro que nous vous proposons en cette rentrée a commencé à émerger à partir d’un colloque consacré à l’hypnose[i] . Il s’agissait de chercher à comprendre comment cette pratique a traversé le XXe siècle et en quoi aujourd’hui elle peut être un outil thérapeutique. Nous savons que Freud s’est démarqué de la pratique de l’hypnose et l’a assez vite abandonnée car d’une part il l’assimilait à la pratique de Charcot qui exerçait la suggestion – position autoritaire qui contredisait le mouvement de libération intérieure que Freud souhaitait voir se déployer chez ses patients et d’autre part, son abandon est aussi lié à la découverte de l’analyse du transfert. Même si il a renoncé à sa pratique il a néanmoins cherché à aménager un contexte thérapeutique qui favorise le même état : le divan et l’association libre. Dans une analyse il y a un certain moment où l’on s’aperçoit que l’histoire que l’on raconte de son existence amène à une impasse, à un vide. Une psychanalyse met à l’épreuve cette fiction c’est là que l’on se heurte à cette limite du langage et c’est là précisément que la parole prend une valeur tout à fait singulière : on parle enfin de ce qui ne peut pas se dire.

Mais nous sommes dans une période où l’efficacité, l’instantanéité, possèdent une valeur inégalée, on veut des résultats rapides... Or l’aventure analytique est une aventure existentielle, une aventure qui demande un engagement et qui nous force à admettre quelque chose concernant le manque, concernant l’intériorité, la notion de lenteur y est centrale... Alors, quelle place pour la psychanalyse à cette ère de bavardage, de gazouillis et de tweet... ? Cette sévère remise en question de la psychanalyse a été en quelque sorte pressentie par Lacan : il a vu qu’il y avait quelque chose dans le statut de la parole en psychanalyse qui pouvait tourner au bavardage. Aujourd’hui plus que jamais la question est de comprendre comment faire pour sauver cette parole ? Pour que la parole analytique garde sa puissance, il y a aujourd’hui quelque chose à renouveler, à ré-inventer, la pratique de la psychanalyse ne semble pas pouvoir rester ce qu’elle a été au temps de Freud ni même au temps de Lacan. Ce qu’il se passe aujourd’hui autour de la remise en question de la psychanalyse a ceci de riche que cela nous oblige – ses défenseurs – à rendre compte de ce statut de la parole qui est totalement hétérogène avec ce qu’il se passe aujourd’hui où tout le monde parle de tout et de n’importe quoi, ou chacun a en tête, – misérablement vulgarisés – les concepts clés de la psychanalyse (complexe d’Œdipe, angoisse de castration, processus de deuil...). Même si la libération de l’expression est formidable grâce à la toile, pour que la parole ait de nouveau un retentissement, pour que la parole soir moteur d’une métamorphose par sa résonnance endogène, il faut qu’il se passe autre chose que l’exercice de ce droit à la parole. Si la psychanalyse dès son origine a favorisé la parole sans retenu, c’est pour se laisser parler, c’est pour qu’il y ait la possibilité de l’apparition d’une délivrance. Il ne s’agit pas de laisser ce langage-là faire apparaître autre chose que lui-même, c’est une clarté nouvelle qui révèle le monde interne. Seulement cette même parole représente aussi un écueil de taille : celui du ressassement et de la réitération sans fin des mêmes plaintes, des mêmes souffrances. Ces paroles deviennent des discours qui renforcent les défenses et justifient de plus belle les bénéfices secondaires. Le dispositif du divan et de l’association libre que propose la psychanalyse et qui a été pensé par Freud à partir de l’expérience de l’hypnose, ne permet pas toujours d’accéder aux racines de nos souffrances qui sont parfois trop lointaines, trop précoces dans notre histoire, pour que l’on puisse les retrouver par la parole. Quels recours avons-nous alors ? De quels outils pouvons-nous nous saisir pour accompagner le patient à lâcher son discours, à lever la garde pour entrer authentiquement en lui-même ? L’hypnose peut être une réponse mais ça n’est pas la seule. Ainsi, afin d’élargir cette perspective il nous est apparu intéressant de nous pencher sur les autres outils qui ont été élaborés, théorisés et cliniquement exercés dans des thérapies, et qui mettent le patient dans un état de conscience modifié. Ces autres outils présentés ici sont la transe chamanique, la respiration holotropique et la méditation. Et force est de constater que leurs effets de guérison ont été cliniquement avérés. Hegel nous dit : « se mettre dans la chose, corps, âme, esprit et laisser faire », il s’agirait ainsi d’accepter de rentrer dans un état où la logique habituelle s’efface, c’est la fin de la maîtrise... l’expérience d’une sorte de confusion mentale, à l’image de ce qu’il se passe dans les rêves : la transposition diurne de l’état dans lequel nous mettent les rêves. Ces pratiques interrogent fondamentalement les modalités de la conscience. Quelles sont les limites de la conscience et en quoi la modification de ces états de conscience permet la transformation et la levée des conflits endogènes d’un être ? D’ailleurs l’usage de l’hypnose ne se limite par aux soins psychiques, on l’exerce par exemple en chirurgie comme anesthésiant, mais nous n’avons pas abordé ces pratiques dans ce numéro. Ce sont à ces questions que les auteurs ont cherché à répondre en exposant et en étayant leurs propos de vignettes cliniques. L’expérience et l’exercice de ces outils font bien plus que faire comprendre, ils font faire l’expérience émotionnelle, sensorielle de l’unité d’un être et ainsi permettent de renouer, de rassembler de nouveau entre eux les fragments jusqu’alors séparés et consolidés par le bavardage ambiant.

 

 

* Psychologue clinicienne, psychothérapeute, a.darthuys@sfr.fr

[i] « L’Usage de l’hypnose dans la pratique psychiatrique actuelle » qui a eu lieu en novembre 2013, organisé par l’Association française de psychiatrie et le Groupement pour l’étude et les applications médicales de l’hypnose.