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Toc, Toc, cent ans d'obsession
3/00
Au jour le jour
Avec les textes de J.-Y. FEBEREY, G. FEDERMANN, R. PFEFFERKORN
Le goût narcissique
Entretien avec Michel Le Gris
Roland Pfefferkorn : Michel Le Gris, vous avez publié un livre extrêmement original portant sur le goût du vin : Dionysos crucifié. Vous vous situez explicitement dès le sous-titre de votre ouvrage "à l'heure de sa production industrielle". Pourtant, lorsqu'on lit votre livre on constate très vite que le propos va bien au-delà de la seule question de la viti-viniculture et que vous touchez à un ensemble de questions fondamentales qui ne sont pas sans rapport avec les caractéristiques marchandes de notre monde contemporain...
Michel Le Gris : On ne peut écrire de façon sensée sur un sujet sans à la fois le cerner dans sa réalité spécifique, avec ce que cela comporte de technique, et le replacer dans le mouvement de son époque. J'ai donc non seulement parlé du vin, mais aussi de la formation de la sensibilité dans le monde moderne, gouverné par les puissances marchandes financières et industrielles. Il est également impossible de comprendre le sens des transformations à l'œuvre dans l'élaboration des vins sans le replacer dans le contexte de ce que j'ai nommé le subjectivisme contemporain.
R. P. : Qu'entendez-vous par là ?
M. L. G. : C'est d'abord la tyrannie de l'immédiateté, l'enfermement du goût dans la sphère narcissique. C'est en tout cas l'une des dimensions de ce subjectivisme. L'intégration actuelle du goût des vins dans l'univers subjectiviste se traduit par un appauvrissement. Dans les pays d'ancienne tradition vinicole, on dit souvent que les vins, pour le meilleur ou le pire, expriment leurs raisins d'origine, leur terroir de naissance, le climat de leur millésime etc. Mais on oublie de dire qu'ils ressemblent aussi à leur époque. Depuis l'Antiquité, l'histoire du vin est inséparable de celle de son commerce. Ce qui aujourd'hui est radicalement neuf, c'est la prise en compte de l'aspect commercial dès le stade de l'élaboration du produit grâce notamment à une technologie sans commune mesure avec ce dont les époques antérieures ont disposé. Sous le couvert d'idéologies du terroir et de l'authenticité, un nombre croissant de vins sont en train de devenir de simples objets marchands modulés selon la demande du marché. L'idéal commercial, c'est le produit aux contours strictement définis et aux allures obligatoirement flatteuses ; à mon sens, la négation même de toute culture du goût...
R. P. : Tout ce que vous dites là à propos d'un domaine tout à fait spécifique, le produit de la vigne et la viniculture, ne rejoint-il pas ce qu'un auteur américain comme Christopher Lasch, que l'on est en train de rééditer en France, appelait "la culture du narcissisme" ?
M. L. G. : Ce que j'ai pu écrire sur l'appropriation de la sensorialité par les puissances marchandes, sa mise en condition par l'idéologie techno-scientiste et son enfermement dans la bulle narcissique retrouve, par bien des aspects, ce que Christopher Lasch observait, il y a vingt ans, dans le contexte de la société américaine. Dit très schématiquement, on assiste, dans le domaine du goût comme en d'autres, au passage de la personnalité névrotique à la personnalité narcissique. Je précise qu'au moment de la remise de mon manuscrit à l'éditeur, je n'avais lu aucun ouvrage de Lasch, ce qui explique que je n'y fasse aucune allusion. C'est donc a posteriori que j'ai noté bien des convergences entre sa démarche et la mienne.
R. P. : Appliqué au domaine du goût, comment entendre ce passage, ce glissement, de l'univers névrotique à celui du narcissisme ?
M. L. G. : Dans l'espace névrotique, qui n'a pas disparu, mais qui tend à être subverti par la domination du narcissisme, le rapport au réel me paraît moins compromis, moins altéré que dans le cas du narcissisme, cet espace-limite entre névrose et psychose et sur lequel il existe maintenant une abondante littérature psychiatrique. J'ai par exemple le sentiment que le "goût hystérique", ou le "goût obsessionnel", pour aliénés ou limités qu'ils soient, gardent malgré tout une relative ouverture sur le réel, autrement dit une possibilité de s'élaborer, de se développer, de se diversifier, de se raffiner, bref de se sublimer. Rien n'est moins sûr en ce qui concerne ce que j'appellerai le "goût narcissique". Donnez-moi ce qui est conforme à mon goût ! L'apparence libertaire de la demande doit d'autant moins abuser, que cette demande est complètement tombée sous la coupe de l'exploitation marchande. Le goût subjectif se pose en absolu, et rejette comme une contrainte intolérable toute perspective d'initiation, de sortie de soi, de développement au contact d'une réalité esthétiquement plus vaste que lui, dans la mesure où celle-ci existe encore.
R. P. : Comment décririez-vous, à propos du goût des vins, cette emprise de l'immédiateté narcissique ?
M. L. G. : Deux concepts synthétisent à mon avis les tendances actuelles dans l'élaboration des vins et le calcul de leur goût : d'un côté, la réduction du spectre des saveurs et des sensations tactiles ; d'un autre, l'exacerbation simpliste de certains parfums. L'appauvrissement tactile va dans le sens du moelleux, de ce confort que le goût narcissique a érigé en exigence. Quant à l'idéal aromatique qui devient aujourd'hui la norme, il me paraît illustrer, par sa brutalité, tout ce que Lasch dit de la violence du surmoi chez l'individu postmoderne, cette violence destructrice d'un surmoi "libéré" de toutes normes et qui fonctionne en quelque sorte à vide, c'est-à-dire bestialement. De la violence aromatique de nombreux produits industriels, il émane quelque chose d'autodestructeur. Tout ce qui est fragile, subtil, nuancé et donc formateur au plan esthétique en est exclu. Cette esthétique sommaire fait aujourd'hui école dans les vignobles. J'ai parlé, pour ma part, de servitude sensorielle, phénomène d'aliénation esthétique tout à fait spécifique à une société où la domination travaille à temps plein, mais à l'écart de tout principe et de toute autorité.
R. P. : Toujours à propos de cette servitude sensorielle, vous vous référez également aux philosophes de l'École de Francfort, Adorno notamment, que vous citez à plusieurs reprises. Pourquoi cette référence, plutôt insolite, dans un essai consacré au goût du vin ?
M. L. G. : Les auteurs de l'École de Francfort furent parmi les premiers à comprendre et à dénoncer l'emprise de la logique marchande sur des aspects de la sensibilité jusqu'alors préservés. Dès lors que j'ai été amené à réfléchir sur la formation du goût dans un environnement dominé par les puissances industrielles, l'industrie agro-alimentaire notamment, j'en suis arrivé à la conclusion qu'il existe une "industrie sensorielle", au sens où Adorno parlait en son temps d'une industrie culturelle.
R. P. : Quels sont les principaux effets de cette "industrie sensorielle" ?
M. L. G. : Dans les sociétés où les puissances techniques et commerciales n'exerçaient pas une domination sans partage, la formation de la sensibilité gustative profitait d'une séparation fortuite des pouvoirs, susceptible de ménager un espace à la liberté sensorielle. Cet espace est aujourd'hui plus que précaire. Lorsqu'il dénonce la mac-donaldisation du monde, cette perspective effrayante d'une soumission totale des corps et des imaginations à la mondialisation marchande, Paul Ariès fait, lui aussi, valoir que "l'alimentation réifiée a besoin d'hommes réifiés, soumis à une rationalité calculée et calculante".
R. P. : Cette alliance que vous pressentez, et que vous redoutez, entre la subjectivité narcissique et les stratégies de l'expansion marchande risquent de conduire à la "normalisation gustative" dont vous parlez dans votre essai. Cette évolution vous semble-t-elle inéluctable ou y a-t-il des raisons d'espérer une inversion de tendance ?
M. L. G. : Dans un univers où l'on en est à concevoir des logiciels pour bébés, un univers où la satisfaction du désir consiste donc à appuyer sur un bouton ou à cliquer sur une souris, il y a en effet quelque chose d'anachronique à ce que les produits du vignoble continuent à être, quelles que soient leurs imperfections, ce qu'ils ont été bon gré, mal gré, au cours de leur histoire : à savoir un produit agricole qui, avant de satisfaire une demande, exprime de façon gustative un ensemble de réalités naturelles, sol, sous-sol, variétés de vignes, climat et ses variations annuelles. Faut-il immuniser les vins contre le risque qu'ils puissent déplaire ? C'est là le but que poursuit une certaine œnologie. A cette conception industrielle, j'oppose l'idée que les vins sont potentiellement des ingrédients de la liberté sensorielle, une liberté qui n'est pas l'opposé du plaisir, mais la condition de son accroissement, de son élargissement, de son devenir-intelligent. Nous sommes un certain nombre, au demeurant difficile à évaluer, à défendre cette optique.
Roland PFEFFERKORN (Strasbourg)
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Superstitions
Il y a quelques mois, le chef de l'Église catholique romaine a diffusé sur toutes les ondes et sur tous les écrans l'incroyable fable du troisième secret de Fatima. La très sainte vierge aurait révélé, lors de son apparition portugaise, la future tentative d'assassinat du pape par Ali Agça. Peu d'articles ou de journaux télévisés ont pris la distance qui s'imposait par rapport à ces fadaises, la plupart s'étant contentés de relayer les déclarations papales, sans y ajouter le moindre commentaire critique. A croire que les journalistes avaient perdu la raison. Quelques semaines plus tard, la garde rapprochée vaticane a rendu public le texte de ce troisième secret, tel qu'il a été rapporté par la paysanne devenue bonne sœur qui aurait reçu le message miraculeux : et là, surprise, on découvre une phrase alambiquée aussi obscure qu'un quatrain de Nostradamus et aussi imprécise qu'une prédiction de Madame Teissier. Croyant se reconnaître dans la victime du message, le très saint père aurait-il commis un péché de narcissisme aigu, malgré la sagesse attendue de sa fonction et de son grand âge ?
L'Église catholique romaine n'est pas la seule à être à l'écoute des voix ! Le précédent chef de l'État n'était-il pas attentif à celles de l'astrologie ? Sa cartomancienne favorite a rendu publiques leurs conversations : "Pendant la guerre du Golfe, je l'avais tout le temps au téléphone. Il fallait que je sois toujours prête, sans cesse, à faire des comparaisons entre les thèmes de Bush, Saddam Hussein, Mitterrand et Kohl". Il est allé jusqu'à prendre des conseils sur la meilleure manière de vendre cette guerre à ses concitoyens. Le Président prenait-il des décisions sous l'influence d'une astrologue ? Des actes aussi graves que de mener une guerre tenaient-ils finalement à la position des planètes et à l'influence des astres ? "Quel est le meilleur jour pour s'adresser aux Français ? Eltsine va-t-il chuter ?" Qu'à cela ne tienne, marc de café et boule de cristal vous le diront ! A défaut, nous précise la voyante de Monsieur Mitterand : "Il y a un mauvais Mercure, il ne faut pas conduire", ou "le trigone de Jupiter vous va comme un gant" !
Nous avons dans ces deux épisodes, des manifestations particulièrement caricaturales de la prégnance de l'irrationnel dans nos sociétés modernes.
L'histoire du troisième secret révélé par Jean-Paul II à l'aube du XXIe siècle télescope deux registres de superstitions. Que les animateurs d'une religion établie (ou d'une secte) tentent par tous les moyens de recruter des adeptes ou que des Églises cherchent à propager une croyance religieuse est dans l'ordre des choses, surtout quand il s'agit de miracles. Par contre, l'interprétation proposée par le Vatican, vingt ans après la tentative d'assassinat du pape, d'une phrase rapportée ressemblant étrangement à un énoncé d'horoscope vise peut-être un autre objectif. En procédant de la sorte, l'Église catholique n'aurait-elle pas décidé d'occuper le terrain de l'astrologie ? Cette "superstition secondaire", suivant la formule de Theodor W. Adorno dans son étude de la rubrique astrologique d'un quotidien américain (Des étoiles à terre, Exils Ed., 2000, 168 p.), reste en effet un phénomène de masse dans le monde moderne ; à l'inverse, d'après toutes les enquêtes sociologiques réalisées en Europe, les croyances religieuses enregistrent un recul important depuis plus de trente ans. Si le penchant de Monsieur Mitterrand pour l'astrologie est, de ce point de vue, quelque chose de banal, il n'illustre pas moins une nouvelle facette trouble de l'ancien Président. A moins qu'il ne s'agisse d'une ultime ruse. Lui qui a tant dupé ses électeurs, sur son passé comme sur ses projets, aimait manifestement ces "activités de l'esprit qui pratiquent la duperie", comme les appelait déjà, à l'aube du siècle des Lumières, le philosophe Leibniz.
Roland PFEFFERKORN (Strasbourg)
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Irai-je encore me baigner à La Grande Motte ?
"Avec 30 % des voix, Haider n'atteint pas le maximum de ses gains possibles. Si l'incapacité des gouvernants se prolonge (...), le F.P.Ö. (le Parti de la Liberté) se transformera bientôt en premier parti d'Autriche". Cette déclaration de M. Gerhard Borz, professeur d'histoire contemporaine à l'Université de Salzbourg date de 1996, comme le rappelle opportunément R. Pfefferkorn, dès février 1997, dans Le Monde Diplomatique.
Élisabeth Sledziewski (Dernières Nouvelles d'Alsace, 16.02.00) souligne qu'en matière de populisme, la France, la Belgique et Israël, notamment, si prompts à dénoncer l'Autriche, n'ont pas de leçon de morale à donner. Continuons à combattre sans relâche l'antisémitisme, le racisme et les fascismes, si nous n'avons pu les prévenir, mais gardons-nous d'amalgamer un État ou un peuple tout entier à la figure criminelle de son leader.
Pourquoi parler de manifestation "anti-Haider" et non pas plutôt de manifestation anti-raciste ou anti-populiste ? Comme si, après Saddam Hussein et Milosevic, nous avions besoin d'une nouvelle figure représentant le "mal absolu". Ceci ayant pour conséquence de nous indiquer la direction du "Bien". Nous voyons où nous mène ce manichéisme :
- démantèlement de l'ex-Yougoslavie qui a commencé par la reconnaissance unilatérale de la Croatie par l'Allemagne... et le Vatican, et qui impose dorénavant la soumission aux exigences du Fonds Monétaire International ;
- embargo criminel imposé à l'Irak, depuis dix ans par la "Communauté Internationale" avec notre assentiment ou notre complicité implicites, comme si la mort de 500 000 ou d'un million d'enfants (qui osera donner le chiffre ?) était moins horrible que la dizaine de séquestrations et de meurtres d'enfants qui ont traumatisé la Belgique il y a quelques mois. La vie d'un petit Irakien aurait-elle moins de valeur que celle de nos enfants ? Ou estimons-nous que les Irakiens doivent s'acquitter éternellement de la dette de leur dictateur, comme si nous leur appliquions une incompréhensible "double peine" ?
Et nous-mêmes en France, sommes-nous si bien placés pour donner des leçons à l'Autriche ? Plusieurs de nos régions ne sont-elles pas administrées "grâce" à des alliances avec "les fils spirituels de Hitler", en Bourgogne et en Languedoc-Roussillon notamment ? Cela a-t-il empêché un seul d'entre nous d'aller acheter son vin à Dijon ou à Mâcon et de passer ses vacances à La Grande Motte ? Encore heureux que Millon ait été poussé à démissionner ; sinon, nous aurions été privés des poulets de l'Ain et surtout... des pistes de ski de la Savoie et de l'Isère ! Et, jusqu'à nouvel ordre, l'Autriche reste une démocratie. Doit-on annuler une élection parce qu'elle désignerait un parti notoirement raciste, ou faire en sorte de l'interdire ainsi que, le cas échéant, son service d'ordre ?
Allons donc, les réponses à la montée des fascismes ne seront pas trouvées dans la répression des marginaux et leur bannissement (voir la floraison des arrêtés anti-mendicité à La Rochelle, Nice, Colmar, etc.), ni dans le concept de "tolérance zéro" importé des USA qui bientôt ferait de nous tous de dangereux délinquants si nous avions le malheur de traverser en dehors des clous, de promener Médor sans laisse ou de faire du vélo sans sonnette.
A ces conditions, ce sont près de 80 % des jeunes hommes... noirs et latinos de la ville de New-York qui auraient été arrêtés et fouillés au moins une fois par les forces de l'ordre sur simples suspicions "basées sur l'habillement, l'allure, le comportement et la couleur de la peau" (Loïc Wacquant, "Prisons de la misère").
Qu'on me comprenne bien, il ne s'agit pas de faire preuve de laxisme par rapport aux incivilités dans les transports en commun ou dans les établissements scolaires, mais de rappeler que les responsables et les victimes de ces délits n'appartiennent pas aux classes "favorisées". Mais on ne me fera pas sortir de l'esprit que notre société tout entière est responsable d'une bonne partie de ces violences par la détérioration de la protection sociale et par la dérégulation du salariat. Ces dernières raisons sont beaucoup plus importantes, bien sûr, que les responsabilités individuelles, que je ne néglige pas néanmoins.
Strasbourg a créé une "cellule de la tranquillité publique", comme si nous pouvions aspirer à une vie sans heurts, sans confrontations et sans doutes. Cela est proprement démagogique et encourage le repli identitaire de tous ceux qui estimeraient faire partie des "citoyens-méritant-la-paix-éternelle-parce-qu'ils-ont-du-travail-qu'ils-payent-des-impôts-et-n'habitent-pas-la-banlieue ".
Pourquoi ne définir la sécurité qu'en termes physiques et non "en termes de risques de vie salariale, sociale, médicale ou éducative" (L. Wacquant) ? Tolérance zéro, d'accord, mais à condition que ce soit d'abord par rapport aux violations des droits sociaux et du droit du travail. Télésurveillance, d'accord, mais à condition qu'on commence par mettre des caméras dans les bureaux des PDG de Total, Elf ou du Crédit Lyonnais.
Georges FEDERMANN (Strasbourg)
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Suite à...
Chacun connaît la revue Prescrire soutenue par ses 25 000 abonnés. On sait qu'elle couronne chaque année ses lecteurs émérites sur réussite aux tests de lecture mensuels proposés. Puis-je avoir la prétention de me considérer comme lecteur émérite de Psychiatrie Française puisque les réflexions qui suivent sont directement inspirées de la lecture de l'article La sagesse dans la vallée de Jean-Yves Feberey paru dans le volume XXX 2/99, que j'ai tenté d'interpréter... avec mes pieds.
Je renvoie les lecteurs à ce texte et aux différentes pratiques de "guérissage et de recherche spirituelle" proposées par l'association Chrysalis et notamment (last but not least) le stage itinérant dans la Vallée des Merveilles. L'auteur, prudent, évoquait la possibilité de passer lui-même pour un marginal et un original mais prenait quand même le risque d'affirmer que la démarche du pasteur swedenborgien lui paraissait cohérente en terme de choix de vie, de références spirituelles et de pratiques, même si elle était certainement aussi thérapeutique.
Quant à moi, les quelques lignes qui vont suivre pourraient tout à fait illustrer le récent numéro sur La formation du Psychiatre et notamment la réflexion de S-D. Kipman : "Il n'est plus possible de former un psychiatre sans lui fournir au moins des lueurs sur différentes sciences, différentes approches, différentes méthodes".
Pour accéder au camp du lieu de départ à Ipailla, il faut partir du magnifique village de Saorge, à environ 80 km de Nice dans la vallée de la Roya proche de la frontière italienne, marcher environ trois quarts d'heure sur des chemins de moins en moins aménagés pour accéder ensuite, à travers une forêt touffue, à un site où on s'attendrait à voir apparaître brusquement Robinson Crusöe ou Vendredi, avec quelques maisons éparses, certaines en ruines et d'autres semblant encore habitées.
Ce jour-là, la fin du trajet ferroviaire est perturbée par le déraillement d'un train venu d'Italie et je rejoins le camp en retard. L'organisation de la marche va se faire selon un rituel où chacun des sept équipiers autour de Patrick et d'Évelyne Duvivier va occuper un poste et une place fixes durant toute la marche et porter une sorte de nom de guerre. Et, dès le lendemain très tôt, nous allons nous engager dans la marche vers le Mont Bego, emportant les provisions nécessaires à cinq jours d'autonomie, l'eau étant trouvée tout au long du chemin à ses sources.
Le rythme est d'emblée soutenu avec des pauses bien ponctuées pour nous permettre de ne pas connaître la fatigue trop tôt, ainsi que des immersions dans des eaux glaciales pour favoriser la récupération. Nous portons des tomates, des pamplemousses, des concombres, des oranges, des céréales qui, chemin faisant, vont devenir de plus en plus délectables ; Évelyne nous faisant goûter aux soupes chaudes revigorantes concoctées avec les plantes récoltées en marche (par Patrick qui ira chercher le Génépi à 6-7 mètres de hauteur, à pic), à l'aide de réchauds à notre disposition. Cette nourriture s'imposera comme l'élément de base autour des trois repas quotidiens pris communautairement au cœur de la nature.
Dès le premier jour (le 12 Juillet), nous allons rencontrer la neige tombant comme en pétales, à tel point que nous avons tous pensé qu'il s'agissait du pollen de la végétation soufflé par la brise.
A la fatigue, à la peur devant certaines hauteurs vertigineuses (Patrick nous avait bien mis en garde mais j'avais voulu croire qu'il exagérait ou que nous ne partagions pas les mêmes valeurs... métriques), au froid, au temps qui "dure longtemps", parfois même "trop longtemps", sans montre, orientés par rapport au soleil et à la lune, orientés par rapport à la lueur du jour, nous allons nous inscrire dans un rapport à l'espace et au temps tout à fait inhabituel pour des citadins, qui va nous permettre de rencontrer, si j'ose dire, chaque espace d'espace et chaque moment de temps, et de devenir économes de nos paroles, nous étant d'emblée imposé comme règle d'or de garder le silence pour respecter l'ordre de la nature et des animaux, sauf pour échanger les consignes techniques indispensables.
Le groupe est structuré comme un clan autour du chef, Patrick, qui remplit la fonction d'éclaireur, de leader et de "père ", et d'Évelyne qui joue le rôle de "mère" nourricière et domestique ; ensuite chacun occupe une place fixe et immuable, où il est chargé de veiller à celui qui le précède et à celui qui le suit.
Nous sommes invités à marcher à un rythme soutenu afin de maintenir la cohésion et la dynamique du groupe. Chaque "rebaptisé" va se trouver responsable de lui-même et de tous les autres, s'inscrivant dans une démarche de solidarité obligée. Petit à petit, chacun se découvre ou reste " masqué ", selon sa sensibilité. II n'y a aucune ambiguïté sexuelle dans les relations. Les liens sont tout de suite très forts, quasi religieux, sans qu'à aucun moment il ne soit question d'idéologie ou de doctrine : c'est pas à pas, étape après étape que s'accomplit le cheminement et que se tisse l'esprit de groupe.
Le chemin est difficile et douloureux et scandé par des moments de pause/ atelier, soit à l'intérieur de la hutte médecine complètement confectionnée avec du bois ramassé à proximité et coiffée d'une double bâche (que Patrick a entreposée dans une grotte et qu'il retrouvera dans un an), soit dans le cadre de séances de massage et d'acupressure des plantes de pied et du cuir chevelu, soit au cours de séances de danse destinées à "honorer" tous les points cardinaux. Concernant la hutte-médecine, je renvoie au spécialiste Feberey mais il faut savoir que la chaleur qui y règne est offerte par des pierres portées à incandescence : nous reprenons des chants et offrons le "bénéfice" de l'activité, Laurence à son père de 52 ans opéré du cœur le lendemain, ou moi à "mes" patients et à un ami souffrant d'une maladie de Wilson compliquée.
Je connais la fatigue (mais jamais le découragement), le froid puisque nous dormons à la belle (splendide) étoile, la soif et la faim et pour la première fois j'apprécie la valeur nutritive et hydrique des pamplemousses et des concombres, l'explosion de leur force vitalisante. C'est en quelque sorte la rencontre du "Concombre Démasqué", allusion au personnage de B.D. créé par Mandryka dont les parents vivent à Nice.
Je prends conscience de la douleur et de la violence de ce chemin, de l'importance du quotidien, de ce que chaque pas compte, chaque pas nous est compté dans le respect de la trace des ancêtres figurée par des marques dans la roche et des autels. On prend le temps de ne pas dépendre de lui, sans heure. Aux moments les plus intenses, je me surprends à penser aux êtres aimés... et aussi à ceux qui, un jour, ont trahi ma confiance. C'est la possibilité aussi de prendre conscience de l'alternance entre la douleur et la sensibilité aux lieux et aux silences, et de se laisser surprendre par la beauté de la rencontre avec des animaux libres.
Le sentiment de vivre une histoire, de pouvoir décomposer chacun de ses moments constitutifs, nous rapproche de l'Histoire, somme toute récente (pas plus de quatre millénaires), des ancêtres qui ont foulé ces mêmes lieux.
Mais en quoi cette expérience peut-elle être formatrice ? Évidemment, Patrick et Évelyne n'ont pas de "diplômes", mais se sont formés à l'école de la vie. Notre collègue Feberey a été sensible à la présentation de leur activité. Quant à moi, je pense qu'il est possible de leur confier, en co-thérapie, des patients qui s'adapteraient difficilement aux institutions, à savoir notamment les personnalités dépendantes ou ceux souffrant de certaines formes de psychose ou de troubles du comportement.
Cette immersion dans une réalité qui nous est devenue, de manière préoccupante, presque étrangère ne me laisse pas indifférent. La rupture est parfois si consommée avec la terre nourricière et originelle que nous avons fini par créer le terme d'écologie qui met en quelque sorte l'Homme au centre du monde alors qu'il... est évidemment destiné à rester une partie de la Création ou de l'Évolution.
"Moi, se dit le petit prince, si j'avais cinquante-trois minutes à dépenser, je marcherais tout doucement vers une fontaine..." (Saint Exupéry)
Merci à Psychiatrie Française, et rendez-vous à toute la rédaction l'année prochaine sur les pentes du Mont Bégo.
Georges FEDERMANN (Strasbourg)
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Contre la torture
Le 18 octobre dernier, Amnesty International a lancé une campagne mondiale contre la torture. En partenariat avec Le Monde, l'O.N.G. a réalisé un sondage en France, pour connaître l'opinion des habitants de la "Patrie des Droits de l'Homme" sur ce sujet sensible entre tous. Fabrice Ferrier en analyse les résultats dans le numéro de novembre 2000 de La Chronique d'Amnesty.
Les trois quarts des personnes souscrivent à la déclaration de principe, selon laquelle tout acte de torture est inacceptable contre quiconque et quelles que soient les circonstances. Voici qui pourrait être rassurant, si des éléments de relativisation n'intervenaient aussitôt. Bizutage des étudiants et excision des jeunes filles sont rejetés à plus de 90 %, mais le souci de la sécurité publique laisse peu d'indulgence pour les victimes de la torture : 44 % des sondés acceptent que des douaniers brutalisent un dealer pour le faire avouer, et 34 % que des policiers envoient des décharges électriques à une personne soupçonnée d'avoir posé une bombe. Enfin, seulement 13 % des sondés se rapprochent du chiffre d'Amnesty, selon lequel plus de 150 pays (sur 195 étudiés depuis 1997) au monde pratiquent la torture ou d'autres traitements cruels, inhumains ou dégradants.
Autre méconnaissance, celles des acteurs de la torture : le rôle des agents des forces de l'ordre est largement sous-estimé, alors qu'ils sont majoritairement impliqués (y compris, rappelons-le une nouvelle fois, dans notre pays, ce dont sont conscients 76 % des sondés), alors que celui des guérilleros est sur-estimé, même si les groupes armés ont torturé et maltraité dans 30 pays pendant les trois dernières années. En ce qui concerne les moyens de lutter contre la torture, 50 % de sondés seraient prêts à manifester, mais seulement 29 % à participer à un groupe local d'Amnesty. Ils sont 38 % à imaginer agir sur Internet, chiffre qui paraît intéressant, compte tenu de la nouveauté de ce mode d'action. Dans le même numéro, est publiée une interview de François Bizot, ethnologue qui fut détenu par les Khmers rouges en 1971. L'auteur du Portail (La Table ronde) revient sur l'impossibilité de faire la différence entre un homme ordinaire et un tortionnaire en puissance, au vu de notre commun potentiel de violence et de lâchetés. II avoue aussi son scepticisme quant aux garde-fous, sachant ce dont nous somme capables pour plaire à un supérieur ou coller à une idéologie. Comme tant d'autres victimes de la torture, il note que sa vie l'a conduit à observer le silence et le retrait. Autre indication bibliographique, donnée par Charlie-Hebdo (8.11.00) cette fois, la reparution du Désert à l'aube (Minuit), de Noël Favrelière, qui fut l'un des cinq cents déserteurs (sur deux millions d'appelés) de la Guerre d'Algérie, et qui déclare " Des professeurs, des médecins, des séminaristes tournaient la magnéto... Fallait-il que la gangrène soit profonde ! ". Entre une mémoire collective souvent oublieuse et une actualité vite oubliée, la campagne d'Amnesty International apparaît comme une impérieuse nécessité, loin des gargarismes autosatisfaits du changement de millénaire. Comme certains médecins sont eux-mêmes acteurs ou "consultants" en torture, notre profession se doit de rester particulièrement vigilante, et ne peut que s'engager dans ce combat contre ce fléau qui ne répugne pas à utiliser les technologies de pointe.
Jean-Yves FEBEREY (Nice)
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Le dur bonheur de glaner
Le dernier film d'Agnès Varda, Les glaneurs et la glaneuse (2000), pourrait être sous-titré "un documentaire subjectif", mais sans doute tous les documentaires le sont-ils et c'est pourquoi de mauvais esprits les appellent "documenteurs"...
C'est en tout cas un très beau film, qui est aussi un film sur la France d'aujourd'hui, tout chauvinisme étant ici hors de propos. Une France saisie dans le moment de tension entre 1999 et 2000, aube d'une ère nouvelle qui ne vint évidemment pas, à l'exception du fracas de la tempête. Une France étirée, voire déchirée, entre un Nord-pommes de terre, proche de Bruxelles où elle naquit, et un Sud-pommes de couleurs, non loin de Sète où elle grandit. Avec des terres intermédiaires, au hasard la Bourgogne, où Agnès Varda s'arrête un instant chez notre collègue Jean Laplanche.
Je trouve à ce film deux motifs traités parallèlement et remarquablement, un motif auto-biographique issu de la peinture (au départ était le célèbre tableau de Millet, dont Agnès Varda nous rappelle opportunément qu'il se trouve au Musée d'Orsay), et un motif "hétéro"-biographique, avec le recueil d'innombrables témoignages. Tragiques pour ceux des exclus de cette froide plaine "patatière", élitistes pour ces (lieu) tenants des crus classés, cocasses pour cet avocat méridional qui dit le droit dans sa toge noire au voisinage des choux, proches de l'absurde pour ces jeunes, ce directeur de grande surface et cette juge, tous enfermés à double tour dans leurs logiques respectives...
Lorsqu'elle filme avec sa "petite caméra" (entendre "numérique"), Agnès Varda, à peine rentrée du Japon, se surprend à regarder ses mains, dont "les plis et les taches lui disent que c'est bientôt la fin", posées sur la carte postale d'un auto-portrait de Rembrandt : c'est un des temps forts du film, tout comme cette sortie de l'ombre d'un tableau oublié du musée de Chalon-sur-Saône, "Les glaneuses fuyant devant l'orage", où elle rapporte avoir senti le frémissement du vent sur la toile.
En cours de route, nous apprenons des pratiquants du glanage et de leur avocat, que celui-ci est parfaitement légal (reconnu depuis un édit de 1554), pour peu qu'il ait lieu après les récoltes, et de jour. Les "glanés" (des producteurs de pommes et de pommes de terre, des vignerons, des mareyeurs) apprécient la chose diversement, entre la générosité et l'agacement, certains justifiant gaspillage et destruction des récoltes au nom des impératifs de la productivité, quantité et qualité confondues... Et aussi, qu'on distingue glaner et grappiller, selon que le geste se fait vers le sol, où qu'il recueille des fruits sur des branches.
Agnès Varda se penche également sur ces glaneuses et glaneurs des villes, d'après les marchés de l'abondance, qui trouvent de quoi se nourrir, eux-mêmes et d'autres, en scrutant le sol que déblaient les balayeurs, ou en explorant des poubelles miraculeuses... Elle y repère ainsi un étonnant personnage qui se nourrit en partie sur place de pommes et de pain, et qui est en fait un ancien maître-auxiliaire passé au bénévolat pour alphabétiser les résidents d'un foyer Sonacotra, où il vit aussi. Et nous fait connaître quelques génies ou illuminés de la récup', promue au rang d'un des beaux-arts, d'un sublime art de vivre ou d'une esthétique alimentaire et contestataire.
Quinze ans après l'inoubliable Sans toit ni loi, Agnès Varda nous livre sa nouvelle vision de l'exclusion, mais qui n'est pas complètement sans espoir le mot convient-il ? , puisque glaner s'applique aussi bien au matériel qu'aux impressions, aux idées. En nous proposant les images et les paroles de sa rencontre avec les glaneuses et glaneurs de notre temps, exclus ou non, elle (se) pose comme leur compagne de route, certes voyageant à pied sec et armée d'une caméra numérique, et parvient avec grâce et tact, à nous donner leur portrait, en y ajoutant les touches du sien, malicieux et lucide.
Jean-Yves FEBEREY (Nice)
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Secrets de fabrication
La Revue Prescrire(1) est bien connue de nos lecteurs et permet de suivre régulièrement les évolutions thérapeutiques de tous les champs de la médecine, dans un cadre éditorial d'où toute publicité est absente, gage d'indépendance, et ceci d'autant plus qu'elle a également renoncé à toute subvention des pouvoirs publics. Elle sollicite aussi ses lecteurs par un test annuel de lecture et par des échanges de points de vue dans sa rubrique Forum. Dans ses livraisons de mai et juin 2000 (T. 20, N° 206 et 207), elle livre ses " secrets de fabrication " que nous nous empressons bien sûr de révéler ici, en raison de leur intérêt pour toute démarche d'écriture en médecine.
La première partie insiste sur le caractère de revue de formation de Prescrire, et sur le caractère collectif de la procédure de rédaction des articles (à l'exception de quelques rubriques) où n'interviennent que des membres de l'équipe. En ceci, Prescrire se distingue des revues de publications primaires, qui fonctionnent avec des "editors" (rédacteurs) et des "reviewers" ou "referees" (relecteurs ou réviseurs), comme des journaux d'informations professionnelles et publicitaires.
Nous ne pouvons donner ici le détail de la procédure, mais il est important de noter que chaque projet d'article se fait avec un rédacteur responsable, chargé de la rédaction d'une "feuille de calage" (objectifs et limites de l'article, orientations documentaires et relecteurs), et un rédacteur référent, chargé d'une sorte d'examen de cohérence. Ce n'est qu'à ce moment-là que le texte arrive au responsable de rubrique (nouveautés, vigilance, dossier et fiches, points et repères...) qui réalise un premier contrôle de l'article avant de le confier au contrôle de qualité externe, les groupes de relecture. Ceux-ci ne représentent pas moins de dix à quarantes personnes, professionnels extérieurs à la Rédaction et spécialistes du sujet, méthodologistes et praticiens représentatifs du lectorat.
Le texte du dossier insiste sur l'implication effective des relecteurs, par opposition aux comités scientifiques ou de parrainage de bien des publications, honorifiques plutôt qu'actifs. De ce point de vue, nous n'avons pas à rougir de nos propres publications, même si le cheminement des articles est moins élaboré : tant dans La Lettre de Psychiatrie Française que dans Psychiatrie Française, responsables des publications et membres des comités de rédaction sont actifs, présents aux réunions, ou au minimum consultés. Sauf le respect qui leur est justement dû, les seuls honorifiques dans les publications SPF/AFP le sont à titre posthume.
Les relecteurs de Prescrire figurent tous dans "l'ours" du numéro auquel ils ont contribué, sauf s'ils souhaitent garder l'anonymat. Sont très appréciés les relecteurs pertinents et constructifs, bailleurs de références précises et découvreurs d'erreurs. Quant aux relecteurs issus du lectorat, ils sont renouvelés régulièrement (souci de regards neufs et soulagement de ceux qui ont beaucoup relu...).
Mais le parcours n'est pas achevé, puisque responsable de rubrique, rédacteur en chef concerné et directeur de la Rédaction vont recevoir l'avis d'une personne chargée du contrôle interne de qualité. Celle-ci doit vérifier les références, les citations, l'absence de contradictions entre le texte et les tableaux, etc. Un correcteur final débusquera les ultimes coquilles. Depuis 1980, la politique des signatures a évolué et il est maintenant acquis que les signatures nominales ont disparu des articles afin d'en signaler l'élaboration collective (et aussi de protéger les rédacteurs vis-à-vis de l'industrie pharmaceutique). C'est le Copyright LRP qui fait foi, et seuls figurent le cas échéant les noms des responsables des dossiers, la mention de l'élaboration collective étant alors explicite. Le premier article se clôt en rappelant le coût de cette élaboration en termes de délais (plusieurs mois habituellement, quelques semaines en cas d'urgence) mais aussi financiers et humains. Le coût financier est intégralement supporté par les abonnés, tous payants, seule garantie d'une information la plus fiable possible.
Le deuxième article sur Le chemin d'un article s'attache à exposer le fonctionnement des revues de publications primaires, dont la vocation principale est de publier les comptes rendus de travaux de recherche. Nous retiendrons cette salutaire mise au point que d'aucuns jugeront assassine... sur la notion d'auteur, où il est rappelé qu'il est des auteurs peu actifs mais honorifiques (chefs de services ou "échangeurs de bons procédés"), et d'autres "oubliés" parce que subalternes, ou encore réduits à l'état de "fantômes" en raison d'un potentiel conflit d'intérêt (auteurs issus de l'industrie du médicament).
Enfin, nous citerons aussi la préoccupation éthique constante des "reviewers" (relecteurs) de ces revues à propos de la fraude, en raison des enjeux souvent considérables d'une publication (avancement, commercialisation) : plagiat et publications multiples ne sont pas exceptionnels, nous apprend encore l'article.
La conclusion de la Revue Prescrire insiste sur l'intérêt d'une relecture multidisciplinaire et nombreuse des articles, et du maintien en éveil de l'esprit critique des lecteurs.
De ce point de vue, il est certain que l'écriture des articles de Psychiatrie Française participe d'une logique un peu différente, écho souvent aussi direct que subjectif d'une situation privilégiée, celle du colloque singulier avec le patient. La spécificité de notre exercice débouche probablement sur une spécificité d'écriture, ce qui n'exclut pas que nous puissions être à notre tour auteurs ou relecteurs selon d'autres critères.
Jean-Yves FEBEREY (Nice)
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