LA MALTRAITANCE FAITE AUX ENFANTS
(suite du no 133 et du no 134)ACCUEIL DES ENFANTS MALTRAITÉS EXPÉRIENCE
D'UNE ÉQUIPE HOSPITALIÈRE SPÉCIALISÉEFrançoise HOCHART-GILLE*
L'hôpital, traditionnellement lieu d'accueil et de soins, est de plus en plus souvent sollicité pour accueillir des enfants chez qui l'on craint des mauvais traitements, afin de leur assurer une protection immédiate et de confirmer le diagnostic. S'il est de plus en plus capable d'assumer ces deux missions, le personnel hospitalier (comme tous les professionnels de l'enfance) a encore beaucoup de difficultés à bien prendre en charge l'enfant. Sans parler des formations insuffisantes, des importantes charges de travail, de la haute technicité des tâches, qui ne facilitent pas les contacts humains, le sujet même paralyse les soignants (émotion d'une révélation, horreur devant certains faits, tabou de la famille, de la sexualité…). Pour aider les professionnels à aider l'enfant, sa famille, et les aider eux-mêmes, une équipe spécialisée, hospitalière, propose quelques conseils, à naturellement adapter en fonction des situations toujours différentes.
- Ne jamais rester seul
- ni comme individu ;
- ni comme professionnel (la démarche diagnostique doit toujours être une évaluation pluridisciplinaire).
- Se souvenir que nous sommes des SOIGNANTS
- on ne questionne pas, on n'enquête pas ;
- on ne juge pas ;
- on fait ce que l'on sait faire :
- Une OBSERVATION CLINIQUE : voir des symptômes de mal-être, écouter des paroles (révélations, cris de souffrance…) ; observer des signes sur le corps.
- Une RÉPONSE THÉRAPEUTIQUE :
- Reconnaître la souffrance de l'enfant. On dit à l'enfant qui a révélé qu'on l'a entendu (ni qu'on l'a cru, ni qu'on doute de ce qu'il a dit…). On dit à l'enfant qui ne parle pas, mais qui s'exprime de façon non verbale par ses comportements, qu'on a vu qu'il n'allait pas bien, qu'on comp'rend qu'il ne puisse pas en parler, et que s'il le souhaite il pourra le faire, avec nous, ou une autre personne aidante.
- Faire prendre conscience à l'enfant de L'ANORMALITÉ de la MALTRAITANCE et de son INTERDIT par notre société :
- on dit à cet enfant que l'on n'accepte pas cette souffrance inutile ;
- on pose l'interdit de la maltraitance et on apprend à l'enfant, qui l'a toujours connue, qu'elle n'est pas la normalité.
- Reconsidérer l'enfant maltraité comme une personne. On lui explique ce que l'on va faire ;
- on ne peut être complice de ce qu'il a vécu ;
- les adultes doivent protéger les enfants ;
- on va tout faire pour que la maltraitance s'arrête (explication d'un éventuel signalement judiciaire ou d'une autre démarche administrative ou médicale et, selon l'âge de l'enfant, une hypothèse sur ce que cela va déclencher, en restant très prudent car on ne maîtrise pas tout, et il ne faut pas faire des annonces qui seraient démenties par une décision judiciaire ultérieure).
- Redonner à l'enfant confiance dans l'adulte, dans l'autre...
- Lorsque les maltraitants sont les parents :
- savoir rester neutre avec eux : ils sont les parents de X..., pas les auteurs de tel acte horrible ;
- cela permet de rester à sa place de soignant et, sans les rejeter, de pouvoir entendre et voir leur propre souffrance, et les orienter vers une prise en charge possible ;
- l'enfant est vu comme le fils (ou la fille) de M. et Mme N., pas le fils (ou la fille) d'un monstre, d'un bourreau, ce qui serait une nouvelle façon de le maltraiter ;
- on doit dire à l'enfant qu'on a perçu les difficultés de ses parents, qu'ils ont fait des actes inacceptables mais que ce sont des personnes en difficulté qui peuvent, elles aussi, être aidées.
- Cas particulier de l'examen médical
Cet examen doit toujours être pratiqué sur tout enfant dont le corps a été atteint, quels que soient l'atteinte et le degré de celle-ci, l'attention du médecin au corps blessé ouvrant la phase de réparation. Pour une jeune victime d'abus sexuels, le fait qu'un adulte, un médecin, prenne en considération sa santé dans sa globalité, son corps meurtri tout entier (et pas seulement son hymen déchiré), va l'aider aussi à voir son corps autrement et à entrer dans le processus de soin. L' examen médical ne doit jamais être demandé, ni fait, pour vérifier une parole de l'enfant. Il doit être réalisé précocement mais sans précipitation, après explication et accord de l'enfant. Il doit toujours s'agir d'un examen pédiatrique global, et non d'un simple constat de coups ou d'un examen gynécologique isolé, afin de ne pas réduire l'enfant aux conséquences du mauvais traitement, mais pour prendre en considération son corps dans sa globalité, et sa santé en général.Ainsi, les professionnels hospitaliers et tous les professionnels de l'enfance, grâce à un accueil empathique de l'enfant maltraité, ne générant pas de souffrances supplémentaires par des erreurs de comportement, peuvent permettre dans un lieu de soin passerelle entre coups et réparation [4], à l'enfant meurtri, victime, de redevenir un Enfant.
F. H-G.
Lille* Pédiatre, responsable du pôle de référence régional Nord-Pas-de-Calais d'accueil hospitalier des victimes d'agressions à caractère sexuel et enfants maltraités, CHRU - 59037 Lille.
RÉFÉRENCES
Conférence de Consensus. Conséquences des maltraitances sexuelles, site FFP : psy-doc-fr.broca.inserm.fr
GIRODET (D.), LAVAUD (D.), Conduite à tenir en urgence devant un enfant maltraité : l'hospitalisation doit toujours être proposée même en l'absence de gravité clinique, in La Revue du praticien, Médecine générale no 90, 1990, p. 59-70.
HOCHART-GILLE (F.), Prise en charge de la maltraitance à l'hôpital par une Équipe Spécialisée Pluridisciplinaire pour l'Enfance en Danger (ESPED), in Les Cahiers de l'ANPASE, no 3-4, 1996, p. 23-35.
HOCHART-GILLE (F.), ROUSSEL (A.), L'hôpital face à l'enfance maltraitée - une passerelle entre coups et réparation, Kartala, 1997.
MANCIAUX (M.), GABEL (M.), Enfance en danger, Fleurus, 2002.
Ministère de l'Emploi et de la Solidarité, secrétariat d'État à la Santé et aux Handicapés, Le praticien face aux violences sexuelles, 2e éd., 2002, site www.sante.gouv.fr
Ministère de la Santé, La prise en charge des enfants victimes d'abus sexuels. L' intervention du pédopsychiatre.
LA FORMATION À LA PRISE EN CHARGE DES ENFANTS MALTRAITES
Yvonne COINCON
La nécessité d'une telle formation s'est imposée dans la mesure où la campagne de prévention des maltraitances, ouverte en 1986, avait mis au jour l'existence de la problématique et son ampleur. Rapidement était apparue la place particulière du point de vue des conséquences cliniques que prenaient les atteintes sexuelles.
L' Association des Psychiatres de secteurs infanto-juvéniles (API) s'est donnée comme objectif de contribuer au développement de la qualité de l'offre de soins sur l'ensemble du territoire national, précisément sur la prise en charge des enfants victimes d'atteinte sexuelle. Pour ce faire, des sessions régionales ont été organisées, avec le soutien de la DAS, qui s'adressent aux équipes d'une dizaine de secteurs de pédopsychiatrie et qui associent des contributions de travailleurs sociaux, de juristes et de cliniciens, par le biais d'ateliers en petits groupes centrés sur la réflexion et les échanges à partir de la pratique. Ce type de formation s'articule avec des sessions d'une semaine mises en place par certains services, au cours desquelles deux intervenants -un psychologue et un pédopsychiatre- proposent un approfondissement des connaissances théoriques et cliniques(1). Ces deux modes de formation à la prise en charge des enfants maltraités sont à l'origine de quelques observations livrées ici.
- En 1994, date de début de ces formations, le nombre de soignants impliqués auprès d'enfants victimes, surtout d'atteinte sexuelle, était réduit. Dix ans plus tard, la proportion s'est inversée et bien rares sont ceux qui n'ont pas été personnellement engagés dans ces soins. Cette augmentation correspond-elle à une augmentation du nombre des victimes, ou à un meilleur accès aux soins, ou à une combinaison des deux ?
- Tous les intervenants formateurs s'accordent sur le constat du maintien à un niveau élevé de la charge émotionnelle attachée à ces situations. Dans les ateliers, les soignants usent d'un vocabulaire chargé de mots exprimant les affects : « effroi, horreur, peur, angoisse, dégoût, colère...» ponctuent les discours. Cette charge émotionnelle mobilise les soignants pour participer à la prise en charge de l'enfant, mais l'intérêt de cet aspect moteur est parfois fortement tempéré par l'agitation inappropriée -quand elle n'est pas stérile- qu'elle engendre.
- S'il est un domaine où le travail en équipe et en réseaux est indispensable, reconnu par tous comme nécessaire autant que complexe, c'est bien celui de la prise en charge de la maltraitance. Là aussi, les dix années qui viennent de s'écouler n'ont cessé de produire des arguments. En 1994, l'engagement dans une relation individuelle de l'enfant et d'un soignant était au cœur des préoccupations du plus grand nombre. Si la nécessité de mettre en place des mesures de protection n'était pas contestée, elle générait néanmoins de l'embarras qui s'expri-mait sur la question du secret professionnel et de son importance pour la création du climat de confiance et l'établissement du lien thérapeutique.
Qu'en est-il en 2004 ? La préoccupation reste vive pour concilier la qualité du soin et les mesures de protection. Mais là où elle faisait naître ou mettait au jour des dissensions plus ou moins vives au sein des équipes soignantes, elle donne plus souvent lieu maintenant à des débats débouchant sur un partage des tâches. La charge émotionnelle peut à tout moment faire basculer le débat dans des oppositions conflictuelles, mais l'expérience et les formations ont donné aux professionnels des outils pour trouver des issues plus congruentes avec les intérêts des enfants. L' évolution des idées et des pratiques au sein des services de soins apparaît, sur ce plan, assez nette.- Par contre, la problématique reste ouverte sur le poids de l'articu-lation avec les partenaires des services sociaux et de la justice pénale. Le développement d'une culture partagée est évidemment plus facile au sein d'un même groupe qu'entre des groupes qui visent des objectifs différents et disposent pour leur action de conceptions et de moyens différents. La nécessité de délimiter le champ d'intervention de chacun, de connaître et de respecter ceux des autres est admise par tous. Les rares réalisations concrètes de réseaux témoignent de la difficulté à concrétiser les collaborations de manière durable. Ceci pose la question de la formation commune aux trois mondes. 'Au cours des sessions, les difficultés de coordination se traduisent par l'expression de l'insatis-faction et un sentiment d'impuis-sance dans lequel on peut reconnaître des aspects comparables au vécu exprimé par certains enfants victimes face à leur agresseur.
À la différence d'autres facteurs d'environnement de la Classification Française des Troubles Mentaux de l'Enfant et de l'Adolescent (CFTMEA), les maltraitances et surtout les atteintes sexuelles ont tendance à prendre place d'agents pathogènes qui dépossèdent sa victime et les professionnels de leur capacité à penser. L'objectif principal de la formation vise la restauration de cette capacité, bien plus que la reconnaissance des caractéristiques cliniques ou que l'énoncé de protocoles thérapeutiques.- Au fil du temps, les stratégies mises en place dans les équipes ont progressivement acquis une autonomie par rapport au modèle de pensée et d'intervention des précurseurs québécois.
- Les enfants maltraités et surtout les victimes atteintes sexuelles se trouvent à l'articulation des deux grandes lignes d'actions que sont le soin et la protection d'un côté, le contrôle de l'ordre public de l'autre. L' enfant pris au cœur de la tourmente paraît encore trop souvent exposé à des tensions entre ces deux axes de prise en charge. C'est certainement là que les améliorations doivent être trouvées.
Y. C.
Grenoble(1) AFAR, 46 rue Amelot, 75011 Paris.
L'IMPLICATION PERSONNELLE DANS LA MALTRAITANCE :
PEUT-ON RESTER INDEMNE ?Didier LAURU
Les diverses approches de la maltraitance, tant dans le repérage, la prévention que la thérapeutique, impliquent les professionnels dans leurs modalités de fonctionnement et de pensée habituelles. Mais elles les impliquent sur un mode particulier, celui de l'usure et de la souffrance mentale. Les spécificités de la maltraitance sont ainsi à préciser en elles-mêmes dans une clinique rigoureuse, mais les réactions des soignants, ou des thérapeutes, témoignent d'une implication personnelle singulière.
Nous ne pouvons pas ne pas entendre les effets ravageurs du réel sur la structure du sujet. La haine est constitutive du sujet parlant, en tant qu'elle est la première à fonder la différence avec l'autre, l'altérité et son implicite : l'aliénation dans l'autre. Le désir d'aide, d'assistance, d'édu-cation ou de soin est à l'origine de la « vocation » de chacun des thérapeutes, ou du moins du trajet singulier qui nous a conduits à pratiquer ce métier curieux qui consiste à prendre en charge ses semblables, à leur proposer des psychothérapies ou des psychanalyses. Le sujet maltraité vient interpeller, autre part, celui qui a pour mission de faire des actions en sa faveur. Ce type de travail engendre une usure professionnelle particulière.
Y a-t-il une « toxicité psychique » plus particulière dans le travail, psychothérapeutique ou non, avec des sujets maltraités ? Chacun, face à cela, oppose ses propres défenses qui sont d'ordre structurel et individuel. Mais au-delà, comment peut-on se défendre face aux effets répétitifs de la pulsion de mort ? Comment cette mortification, cette néantisation de la pensée, atteignent-elles les thérapeutes ou les soignants, et comment ceux-ci réagissent-ils ? La pertinence de ces réactions se juge par rapport à ce qui en résulte : les stratégies individuelles et collectives (d'équipe) pour tenter de contrecarrer les effets de l'usure de la pensée. Outre la prise en charge de la maltraitance, il s'agit de panser la pensée. C'est ainsi un appel au déploiement d'une créativité personnelle dans le sein même de la prise en charge de la maltraitance. Être créatif c'est, à mon sens, proposer un plaidoyer pour que la singularité de chacun s'ex-prime dans son travail et se mette en résonance par rapport à la singularité de l'être souffrant dont il a la charge. Mais il ne peut cependant éviter un rejet plus ou moins conscient, une limite, c'est-à-dire un impossible à s'identifier à cet autre maltraité.
Dans son article sur la confusion des langues entre l'enfant et l'adulte, Ferenczi a dénoncé la fréquence des abus de l'adulte qui confond la séduction d'enfant avec une sexualité agie d'adulte sur un enfant. Il décrit une culpabilité de l'enfant séduit ou abusé, qui s'identifie « par introjection à l'agresseur ». Plus loin, il définit que le changement provoque dans la personnalité de l'enfant « une identification anxieuse avec le partenaire adulte », qui est « l'introjection du sentiment de culpabilité de l'adulte ». Ferenczi parle de la sexualité adulte comme « langage de la passion » qui fait effraction dans « le langage de la tendresse » du monde infantile. Il existe chez lui un certain degré d'idéalisation de l'enfant qui serait naturellement bon, face à un adulte agresseur et pervers. C'est précisément cette critique que Freud lui a formulée, en émettant de sérieuses réserves. Ferenczi insiste sur cette problématique de la répétition du trauma, mais aussi sur la place centrale qu'il faudrait lui accorder dans le déterminisme des névroses.
L'implication personnelle. Plusieurs types de réactions sont possibles chez les soignants, et les échappatoires sont nombreuses pour tenter de se défaire de l'emprise inévitable du réel, de l'insoutenable de ces situations de souffrance d'en-fants et d'adultes. Mais le fait de se séparer d'une problématique de détresse et d'exclusion, signifie-t-il que le niveau de culpabilité ou d'im-plication personnelle va se modifier ? Pourquoi est-ce si difficile d'en parler :
- résonances personnelles dans l'histoire de chacun ?
- racines dans la motivation personnelle qui ont conduit chacun à choisir un métier où l'on aide, assiste, soigne d'autres êtres humains ?
- la féminisation importante des professions ? Il faut tenir compte de « l'effet-mère ».
La capacité de chacun à se projeter dans la situation est en jeu. Il paraît souhaitable que chacun tente d'entendre l'implication, la part de personnel, d'intime, qui peut s'im-miscer dans sa parole. Face à ce type de problématique, chacun est tellement touché au vif de son intimité, que d'avoir à en parler serait vécu comme une impossibilité. Dès lors, comment aller au-delà de cet impossible, car il s'agit de situations de travail ? En pratique, cela reste possible pour celui qui aventure sa parole dans ces aires incertaines. La parole échangée entre professionnels peut éventuellement permettre une prise de distance par rapport à cette implication personnelle, pour autant que cette parole soit rendue articulable par un désir commun d'en parler et une structure adaptée.
L' expérience de groupes de parole ou de supervision avec la présence d'un analyste illustre bien comment, lorsqu'ils sont arrimés au quotidien de la pratique, ils présentent un intérêt pour celui qui vient y risquer sa parole. Dans cet espace de travail, au fil des élaborations de chacun, peuvent émerger des axes de compréhension de la problématique en jeu du sujet maltraité, sous différents aspects. Il s'agit alors de tirer avantage des conséquences qui peuvent en découler dans la pratique. Pour ma part, je mettrais l'accent sur le décalage des positionnements ou des regards nouveaux qui peuvent être posés sur le sujet maltraité, à l'issue de ce type de réunion de travail.
Les deux axes de réflexion doient être la réalité et le fantasme :
- la réalité concrète de la situation de maltraitance du sujet est la première orientation ;
- la prise en compte des mouvements fantasmatiques divers, des réactions de rejet ou de lassitude chez le thérapeute, doit orienter le travail d'élaboration pour préciser la part d'implication personnelle qui se traduit dans des réactions négatives.
Ainsi, l'usure du soignant -toujours présente- peut être prise en compte et lui permettre de se dégager de la part de son implication qui mettait en péril non seulement la prise en charge mais aussi son équilibre personnel.
D. L.
ParisLAURU (D.), Folies d'amour, Calmann-Lévy, 2003
L'ENFANT DE LA MALTRAITANCE : DE QUEL ENFANT S'AGIT-IL ?
Bernard GOLSE
Il est habituel de distinguer la maltraitance physique, la maltraitance psychique et la maltraitance sexuelle qui peuvent bien évidemment et malheureusement se trouver diversement associées. À l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul, de 1994 à 2002, mon équipe a été responsable d'une cellule transdisciplinaire d'accueil des très jeunes enfants victimes, ou présumés victimes, d'abus sexuels (F. Zigante, D. David, B. Golse[17]). Mon service a ensuite été transféré à l'hôpital Necker-Enfants Malades où il se trouve désormais implanté et, sur ce site hospitalouniversitaire prestigieux, il a ainsi rejoint un certain nombre de professionnels qui depuis plusieurs années prennent en charge des enfants victimes de maltraitance physique et singulièrement, autour du Pr D. Renier[11], les bébés dits « secoués ». L'idée nous est alors venue de rassembler ces différentes activités et de faire de la maltraitance un concept unificateur, même si les différents aspects de celle-ci comportent d'indéniables spécificités.
Après quelques rappels sur la violence, la haine et l'agressivité (sans doute différemment convoquées selon le type de maltraitance), et après avoir pointé quelques caractéristiques différentielles entre maltraitance physique, psychique et sexuelle, j'essaierai donc de montrer qu'un possible point commun à ces différents types de maltraitance est au fond la question de savoir quel est l'enfant qui en est véritablement la cible.
Violence, haine et agressivité : quelques rappels métapsychologiques
Pour s'en tenir à une conception métapsychologique, il est aceptable de dire que la violence, la haine et l'agressivité sont à inscrire dans le registre du pulsionnel, mais qu'elles sont à y situer différemment par rapport à l'objet d'une part, et par rapport à l'opposition corps/psyché, d'autre part.
- La violence, comme l'a bien montré J. Bergeret [1], est à la fois préobjectale, pré-œdipienne et préambivalente. En ce sens, elle est « fondamentale » et probablement fondatrice. Il s'agit d'une problématique de survie permettant, en quelque sorte, « d'opter véritablement pour la vie » (M. Soulé [12]). Intimement liée à la dynamique du narcissisme primaire, elle est naturelle, innée, nécessaire à la vie et à la survie de l'individu, mais aussi de l'espèce. On rejoint là une conception de type éthologique, développée notamment par K. Lorenz [10]. Retenons pour l'instant qu'elle ne vise, en fait, aucun objet particulier, qu'elle est une forme d'affirmation d'existence, qu'elle est pré-génitale, se situant en deçà de la conflictualisation œdipienne et qu'elle est non érotisée, c'est-à-dire sans intrication pulsionnelle particulière avec les mouvements sexuels d'amour et de haine. Proche de la notion d'em-prise, la violence dite fondamentale recouvre au fond un « besoin primitif de toute-puissance sous peine d'an-goisse de mort » [1], et elle exprime en outre un besoin primitif s'actualisant sur un mode massif, somato-psy-chique et encore peu différencié.
- La haine est également nécessaire, comme l'a bien souligné un auteur comme N. Jeammet [5]. Déjà plus objectale que purement narcissique, elle vise donc un objet, mais selon que celui-ci se trouve plus ou moins différencié, on parlera de haine primitive ou de haine objectale qui forment les deux pôles extrêmes d'un gradient probablement continu. La haine primitive porte sur un objet à forte valence narcissique, tel l'objet primaire (haïr une partie de soi-même) et, compte tenu de sa visée fantasmatique destructrice, elle se rapproche en fait de l'envie kleinienne à l'égard du contenu maternel. La modalité expressive prévalente de la haine se trouve être principalement psychique.
- L'agressivité 'enfin, correspond peut-être à la version la plus agie de la haine, et de la haine dans sa valence la plus objecto-centrée. L' acte agressif est, en effet, fondamentalement sexualisé et relationnel. Il entraîne la culpabilité œdipienne car il est nécessairement ambivalent et, sur le fond du thème de la castration, il vise à l'élimination ou à la destruction du tiers rival (réel, imaginaire ou symbolique).
Ajoutons enfin que le retournement contre soi n'a guère de sens en ce qui concerne la violence fondamentale qui se situe nettement dans l'en deçà de la différenciation extra-psychique entre le sujet et l'objet, nous l'avons vu. En revanche, au même titre que tout mouvement pulsionnel, la haine et l'agressivité peuvent être concernées par ce mécanisme de retournement contre soi : de la haine de l'autre à la haine de soi, de l'hétéro-agressivité à l'auto-agressivité. Ainsi, la haine comme l'agressivité apparaissent tout à la fois comme la source, le reflet et la conséquence des processus de différenciation, d'individua-tion et de séparation d'avec l'objet. Autrement dit encore, la violence fondamentale serait un peu à la haine et à l'agressivité ce que -mutatis mutandis- l'autosensorialité ou l'auto-sensualité sont à l'auto-érotisme.
Maltraitance physique, psychique et sexuelle
Il va de soi que les maltraitances physique et sexuelle ont toujours valeur, également, de maltraitance psychique. En revanche, la maltraitance psychique peut n'être « que psychique », si l'on ose s'exprimer ainsi... Il apparaît par ailleurs que dans nombre d'histoires cliniques, les parents (ou plus généralement les adultes) maltraitant physiquement, psychiquement ou sexuellement les enfants ne sont pas les mêmes mais, à l'inverse, on peut parfois rencontrer des adultes maltraitant leurs enfants simultanément sur les différents registres évoqués ici.
Par ailleurs, au regard de la violence, de la haine et de l'agressivité, ces trois types de maltraitance peuvent probablement être référés différemment. Les trois peuvent renvoyer à une certaine forme de violence fondamentale si l'adulte se sent menacer dans son existence psychique par celle de l'enfant, mais la maltraitance psychique (sans maltraitance physique ou sexuelle) serait plutôt du côté de la haine, tandis que les maltraitances physique et sexuelle seraient plutôt du côté de l'agressi-vité. Autrement dit, c'est la valence de destructivité qui est à interroger dans chaque rubrique et au sein de chaque histoire qui ne peut être que singulière. Bien entendu, ces tentatives de distinction n'ont rien d'ab-solu, car les choses peuvent être beaucoup plus complexes et intriquées : il ne s'agit ici que de pistes de réflexion qui peuvent guider l'appro-che clinique de ces problématiques si douloureuses et si difficiles.
Les cibles réelles de la maltraitance à enfants
Comprendre n'est pas excuser, mais comprendre permet sans doute d'intervenir et de prévenir plus efficacement. Quel que soit le type de maltraitance agie -physique, psychique et/ou sexuelle-, il nous semble donc important de préciser la cible profonde de la maltraitance et, pour l'instant, nous proposons trois lignes de force principales :
- L'enfant qu'on a été
La naissance d'un enfant réactive, chez tous les parents, les représentations mentales de l'enfant qu'ils ont eux-mêmes été. Cette identification régressive qui permet la communication analogique avec l'enfant réel, est parfois douloureuse quand elle réveille les souvenirs d'une souffrance précoce effective, ou quand elle confronte l'adulte à l'enfant malheureux ou au « mauvais » enfant qu'il croit avoir été.
S'attaquer à son propre enfant peut ainsi, parfois, être une manière de s'en prendre à l'enfant qu'on a été -ou qu'on croit avoir été- ; cette attaque représente évidemment une impasse mais constitue, dans certains cas, la seule solution économique possible pour des parents en défaut d'élaboration psychique.- L'enfant dans la tête des parents
Outre l'enfant réel, de chair et d'os, on distingue habituellement l'enfant imaginaire ou fantasmatique, l'enfant imaginé et l'enfant mythique ou culturel.
- L'enfant imaginaire ou fantasmatique
Il s'agit d'un groupe de représen'tations mentales principalement inconscientes et que chacun des deux parents s'est forgées tout au long de son histoire, depuis sa plus tendre enfance (C. Stein [13]). Dès les premières années de sa vie, avant même sa période Oedipienne -soit de 2 à 5 ans, environ-, on estime que tout enfant, sur le fond de sa relation avec l'adulte, de son envie et de sa curiosité sexuelle à son égard, va élaborer un certain nombre de « théories » (S. Freud parle ici de « théories sexuelles infantiles » [2]) quant au contenu du ventre maternel et quant aux relations qui unissent les hommes et les femmes autour de lui. Ce travail est inconscient mais fondamental pour la suite de l'organisation psychique de l'en-fant. Pendant sa période œdipienne, la petite fille va ensuite désirer un enfant du père (pour rivaliser avec sa mère). Tout ceci se reflète dans ses jeux avec les poupées dont on sait cependant qu'ils n'intéressent pas seulement les petites filles mais aussi les garçons, en dépit des pressions culturelles qui se jouent à ce niveau !
La période de latence -soit de 6 à 12 ans environ- va laisser cette problématique en jachère, mais la préadolescence et l'adolescence vont la réactiver massivement pour tout un ensemble de raisons dont les principales sont liées aux changements corporels, à la remise en jeu du système pulsionnel et à la possibilité désormais effective de fabriquer un enfant dans, et par, son corps. On assiste donc à la maturation graduelle et progressive d'un premier groupe de représentations mentales qui s'en-racinent dans l'histoire précoce de chacun des deux futurs parents.- L' enfant imaginé
Ce deuxième groupe de représentations mentales est davantage conscient ou préconscient et surtout plus tardif. Il s'agit au fond des rêveries conscientes et préconscientes du couple à propos de l'enfant qu'il projette d'avoir : son sexe, son prénom, son apparence… Ces représentations sont donc le produit de l'acti-vité de deux futurs parents déjà adultes, ou jeunes adultes, et qui inscrivent l'enfant à venir dans l'his-toire de leur union en tant qu'homme et en tant que femme.
Ces représentations de l'enfant à la naissance sont souvent en décalage par rapport à la réalité. En témoignent d'ailleurs toutes les maternités picturales ou sculpturales dans l'histoire de l'art occidental, ainsi que les dessins effectués par les mères pendant leur grossesse et supposés représenter l'en-fant tel qu'elles le portent encore en elle. Le nouveau-né n'est pas imaginé dans sa concrétude effective de chair et d'os, de secrétions amniotiques, urinaires ou fécales, de traces de sang et de lanugo, mais plutôt comme un nouveau-né déjà langé, parfumé, soigné, lavé et surtout regardant et souriant (le sourire et le regard comptent parmi les grands critères d'humanisa-tion dans la conscience collective). Tout au long de la grossesse, les représentations de cet enfant imaginé se rapprochent peu à peu de la réalité de l'enfant à la naissance, instaurant ainsi un écart supportable et cependant suffisant pour entraîner le bébé dans la spirale du désir de ses parents. Si l'écart demeure trop grand, il peut y avoir déception des parents lors de leur rencontre, de leur confrontation avec l'enfant de chair et d'os alors par trop différent de leur enfant imaginé et quelque peu idéalisé. Si l'écart est trop réduit en revanche, la rencontre avec le nouveau-né est alors source de jouissance et non pas de désir pour les parents qui, dès lors, ne peuvent pas tirer en avant leur enfant dans le sens de son développement psycho-affectif.- L' enfant narcissique
C'est celui que S. Freud a décrit, dès 1914 dans son célèbre article sur « Le Narcissisme », sous le terme de « His majesty the baby ». Cet enfant narcissique est le dépositaire de tous les espoirs et de toutes les attentes de ses parents. Tout ce qu'ils n'ont pas pu faire, tout ce qu'ils n'ont pas réussi, tous leurs idéaux manqués, leur enfant sera chargé de l'accomplir et de les dédommager ainsi de leurs éventuels regrets et de leurs diverses frustrations. C'est d'ailleurs le principal « mandat transgénérationnel inconscient » (S. Lebovici [8]) qui incombe aux enfants et qui se révèle parfois relativement lourd à porter. Quoi qu'il en soit, une chose est de souhaiter consciemment que nos enfants fassent mieux que nous, une autre chose est de l'accepter profondément et sans rivalité ou jalousie inconscientes. Aussi, même si pour chaque parent, l'enfant demeure tout au long de la vie un objet narcissique particulièrement important et investi, il ne peut cependant y avoir d'amour parental qui soit absolument dépourvu de toute ambivalence.- L'enfant mythique ou culturel, enfin
Chaque époque, chaque société, chaque groupe culturel a ses représentations spécifiques de l'enfance et celles-ci imprègnent, qu'on le veuille ou non et qu'on le sache ou non, le fonctionnement psychique des adultes qui composent ces groupes, à savoir les parents ou les futurs parents. Dans notre société, par exemple, l'enfant est devenu de plus en plus précieux (parce que de plus en plus rare, compte tenu de la diminution progressive de la taille des fratries), de plus en plus tardif (l'âge des mères à la première grossesse a régulièrement augmenté jusqu'à encore récemment) et il se doit également d'être de plus en plus parfait (au fur et à mesure des progrès des techniques biomédicales pré et périnatales). Les victoires progressives sur l'infertilité des couples et les avancées considérables de l'Assis-tance Médicale à la Procréation n'ont fait que renforcer ces différents courants d'évolution qui sous-tendent le mythe de l'enfant parfait.
Mais, dans le même temps, l'enfant se doit d'être le plus rapidement possible autonome, c'est-à-dire le moins longtemps bébé afin de ne pas trop interférer avec le travail des parents qui est souvent prioritaire avant la naissance de l'enfant et qui doit ensuite être rapidement repris. Le trait est sans doute un peu forcé, mais il comporte cependant sa part de vérité.
On notera, par exemple, que les prétendus progrès de la puériculture vont souvent dans le sens d'un éloignement progressif mais rapide du corps du bébé et de celui de l'adulte (évoquons ici ces petits transats en tissu éponge qui permettent de donner le bain aux bébés sans risque de glissade ou de… noyade !). Comme s'il fallait qu'assez vite, le bébé dispose de son propre espace corporel et comportemental distinct de celui de ses parents.
Sociologiquement au moins, la fusion n'est plus dans l'air du temps mais ceci nous amènera peut-être à rappeler que parmi les droits de l'en-fant il y a, tout simplement, le droit à l'enfance !
Au terme de cette brève recension, on comprend que ces divers groupes de représentations s'élabo-rent progressivement, que certaines de ces représentations s'édifient pendant le temps de la grossesse et que, de ce fait, si celle-ci se voit prématurément interrompue, le psychisme des parents ne soit pas alors en mesure d'accueillir l'enfant dans de bonnes conditions. Nadia Stern-Bruschweiler [14] a montré qu'une telle impréparation peut aussi s'ob-server dans des cas où le terme de la grossesse est normal mais où le travail d'élaboration psychique des parents n'a pu être mené suffisamment à bien. Elle parle alors d'accou-chement psychiquement (et non pas, physiquement) prématuré. La question se pose, à l'inverse, de savoir si des parents peuvent être prêts à accueillir psychiquement leur enfant de manière adaptée alors même qu'il est né prématuré du point de vue chronologique.
En tout état de cause, l'enfant-cible de la maltraitance peut être, via l'en-fant de chair et d'os, aussi bien l'enfant imaginaire que l'enfant imaginé, l'en-fant narcissique voire même l'enfant mythique. Selon les cas, c'est le décalage entre l'enfant réel et ces différentes représentations de l'enfant qui peut être la source d'une déception insupportable pour l'adulte et que vise alors à évacuer son attaque de l'enfant réel, ou bien c'est la rivalité entre les parties infantiles de l'adulte et ces bébés-dans-la-tête (y compris l'enfant culturel qui évolue beaucoup sur une génération) qui peut générer une destructivité à l'origine de la maltraitance.- Attaquer l'enfant dans la femme, ou la violence à foetus
Attaquer une femme, c'est parfois attaquer l'enfant dans la femme, l'en-fant qu'elle porte ou qu'elle peut porter. C'est là que s'enracine probablement une grande partie des violences faites au foetus, et l'on connaît l'his-toire de Néron qui s'en était ainsi pris de manière violente et acharnée à Poppée jusqu'à la faire avorter et la rendre stérile. Il existe en effet, nous avons commencé à l'entrevoir, une très grande rivalité de l'homme vis-à-vis de la fécondité de la femme. Nombre de couples se séparent pendant la grossesse et l'une des raisons avancées par les hommes, c'est que leur femme ne pensait plus qu'au bébé à venir. De plus, il est parfois difficile pour un homme d'érotiser le corps de sa femme enceinte, l'enfant étant vécu par lui comme un pénis interne susceptible de réactiver sa peur de l'ho-mosexualité. Dans le phénomène de la violence à l'égard de la femme enceinte, la cible peut donc être avant tout le foetus, la femme ne valant alors que comme contenant.
Citons encore ici les travaux de J. Lanouzière [6, 7] sur la place du sein dans le psychisme des femmes, des hommes et des enfants, travaux qui ont bien montré à quel point la fierté liée à la possession du pénis chez les petits garçons se trouve, en réalité, intensément contre-balancée par la certitude de la petite fille d'avoir un jour des seins, comme sa mère, c'est-à-dire la certitude d'avoir, un jour, la possibilité d'enfanter. Le petit garçon sait tout de suite, lui, qu'il n'aura jamais cette capacité et de ce fait son manque de seins vient cruellement atténuer son plaisir phallique narcissique et induire en lui une envie très destructrice à l'égard du sexe féminin.
Quant à D-W. Winnicott [15, 16], il a écrit un article célèbre sur les multiples raisons qu'une femme a de haïr son bébé. Il voulait attirer l'at-tention sur le fait que l'amour de la femme pour son enfant ne peut être que fondamentalement ambivalent et, dans la même perspective, on pourrait sans doute parler des multiples raisons qu'un homme a, également, de haïr son bébé.CONCLUSION
La maltraitance représente un chapitre complexe des relations entre enfants et adultes et renvoie à un indéniable échec de la gestion des pulsions destructrices dont le véritable objet est souvent difficile à préciser dans ces terribles circonstances. Toute pulsion est effectivement ou potentiellement violente, même une pulsion d'amour. Même l'amour peut être étouffant ou mortel et l'on ne peut pas se faire croire qu'un jour, il y aura des pulsions calmes ou tièdes. Mais il faut tenir compte aussi d'un équilibre qui existe entre l'insécurité interne et la violence externe. Plus on est insécure au fond de soi-même, plus on a besoin de se rassurer en se donnant l'illusion qu'on maîtrise et qu'on contrôle un tant soit peu son environnement. On devient ainsi environnement-dépendant et toute perte de maîtrise ou tout sentiment de perte de contrôle devient alors la source possible d'une véritable rage narcissique. Ceci s'observe fréquemment dans le cas de sujets atteints de pathologies dites « limites » qui ont besoin que l'autre soit toujours exactement tel qu'ils l'imaginent, le rêvent ou le fantasment.
Cependant, sans même être bor-der-line, un sentiment d'insécurité interne issu de notre histoire personnelle et des défaillances de nos systèmes d'attachement précoce, peut nous amener à vouloir nous réparer par une emprise accrue sur le dehors. Si l'autre n'est pas exactement tel qu'on l'attendait ou qu'on l'espérait -et ce peut être le cas de l'enfant-, il y a alors risque d'explosion de violence par entame narcissique dès lors que s'effondrent nos mécanismes de défense et nos contre-investis-sements de nos motions sadiques inconscientes.
Il ne s'agit pas de dire que la violence est naturelle : elle est éminemment condamnable, mais sa prévention et sa prise en charge passent obligatoirement par une compréhension des mécanismes qui la sous-tendent et qui peuvent concerner nombre de personnalités apparemment non pathologiques.
B. G.
Hôpital Necker-Enfants Malades, Paris
bernard.golse@nck.ap-hop-paris.frRÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
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[7] LANOUZIÈRE (J.), Le sein et la dépressivité féminine, Topique, 1989, 141-165
[8] LEBOVICI (S.), Le psychanalyste et le développement des représentations mentales, La Psychiatrie de l'enfant, 1990, XXXIII, 2, 325-364
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[14]STERN (D-N.), BRUSCHWEILERSTERN (N.) (avec A. FREELAND), La naissance d'une mère, Odile Jacob, Paris, 1998
[15]WINNICOTT (D-W.) (1947), La haine dans le contre-transfert, 48-58, in De la pédiatrie à la psychanalyse, Payot (coll. Petite bibliothèque Payot), Paris, 1969
[16]WINNICOTT (D-W.), La nature humaine, Gallimard (coll. Connaissance de l'Inconscient), Paris, 1990 (1er éd.)
[17]ZIGANTE (F.), DAVID (D.), GOLSE (B.), De quelques difficultés dans l'accueil des enfants présumés victimes d'abus sexuels. Expérience dans le service de pédopsychiatrie de l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul à Paris, La Psychiatrie de l'enfant, 2000, XLIII, 1, 309-326