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DU SANG ET DES LARMES : LA DÉPRESSION DE L’ENFANT
Voici la réponse argumentée d’une de nos lectrices pédopsychiatres, refusant de participer à l’émission « Ça se discute » animée par J-L. Delarue.
Strasbourg, le 29 octobre 2001
Monsieur,
J’ai été contactée la semaine dernière par l’une de vos collaboratrices à propos de votre prochaine émission consacrée à « La dépression de l’enfant et du nourrisson ». Dans mon souvenir, il s’agissait de pouvoir vous mettre en relation avec des enfants déprimés et/ou leurs parents. J’ai rapidement compris qu’une telle démarche avait été entreprise auprès de tous les professionnels de France et les services hospitaliers psychothérapiques pour enfants et adolescents.
En ce qui me concerne, la question qui m’était posée a d’autant plus e valeur que je suis, en Alsace, le spécialiste qui a la plus longue expérience en matière de souffrance psychique et de maladie mentale avant l’âge adulte. J’ai cru comprendre qu’il ne s’agissait pas de recueillir mon avis personnel sur ces questions mais d’entrer en contact par mon intermédiaire avec des patients. Mais alors, il me semble que l’on se trouve devant un dilemme :
- soit j’indique moi-même des noms et des adresses et vous m’accorderez, bien entendu, qu’il s’agirait là d’une transgression flagrante du secret médical, qui est – dans ma spécialité – tout sauf un instrument de pouvoir mais bien au contraire un indispensable instrument de travail avec ceux qui m’ont interpellée comme médecin ;
- soit je propose à des enfants en réelle et parfois grave souffrance, et à leurs parents qui sont leurs responsables légaux, de vous contacter directement ; ce faisant, je serais intervenue depuis mes choix personnels dans la conduite du traitement dont ils ont besoin. De surcroît, ce que je leur proposerais serait loin d’être anodin puisqu’il s’agirait pour eux de participer à une émission télévisée, et donc d’exposer leur problématique intime à un grand nombre de « télé-visionneurs ». Que des parents puissent éventuellement le souhaiter, je ne m’en étonnerais nullement. La famille qui est si nécessaire au développement de l’enfant est, tout autant que de l’amour, le lieu électif de la haine et des perversions. Mais on peut et on doit attendre d’un professionnel qu’il évite de participer à l’un comme aux autres s’il souhaite mettre en œuvre une thérapeutique.
Que la dépression chez l’enfant soit un thème d’actualité important, je ne le sais que trop, d’autant plus que la société contemporaine a toutes les raisons d’être de plus en plus dépressive. Comment l’enfant échapperait-il à ce qui l’entoure ? Mais le traitement de ce thème important peut-il se faire en proposant au téléspectateur ce qui l’intéresse (ce qui l’excite), c’est-à-dire d’aller y voir ?
Votre réponse m’importe beaucoup : elle me permettra de juger de la valeur de mon argumentation.
Veuillez recevoir...
Françoise CORET
Strasbourg